Voulez-vous une confidence personnelle ? J’adore les Belges ! Enfin, les Wallons surtout. Le contact avec eux semble toujours si simple, si direct. J’avais aussi eu ce sentiment au Québec. Et à Saint-Etienne également, mais c’est une autre histoire. J’y pense car il se trouve que, récemment, j’ai eu l’honneur d’être convié par le Club des communicateurs publics wallons, à Namur, pour évoquer les évolutions du métier de communicateur public. Le tout, avec un accueil d’une chaleur à faire pâlir de jalousie le plus hospitalier des chtis et, de surcroît, en charmante compagnie, puisque Dominique Mégard était aussi invitée à présenter le panorama actuel de la communication publique française. D’emblée, vous aurez noté un changement lexical d’envergure, puisque j’ai employé quelques lignes plus haut le vocable “communicateur” au lieu de celui de “communicant”. Et deux fois encore dans la même phrase ! Ainsi, l’univers du Cap’Com serait donc le seul (le dernier ?) à utiliser cette expression : “communicant” ? En effet, nos collègues de l’association Communication Publique sont passés depuis longtemps au mot qui semble s’imposer en force dans toute la sphère francophone : communicateur. Soit dit en passant, outre le fait que je ne goûte guère ce terme en raison de sa rime trop riche avec “sécateur” – ce qui, pour des gens de communication , est un vrai comble vous en conviendrez – cela ne fait que renforcer le constat que notre profession a bien du mal à se nommer, ainsi que je l’ai déjà évoqué dans le passé. Mais le sujet principal qui m’inspire aujourd’hui n’est pas là. J’y viens …
Ce qui m’a laissé pantois au cours de nos échanges franco-belges, c’est la prise de conscience frappante d’une vision fondamentalement différente de nos métiers, en ce sens où, si j’ai bien compris, les communicants (et pouf ! Décidemment, j’ai du mal à écrire un autre mot) wallons du secteur public ont clairement dans leurs missions celle de “porte-parole“. Et lorsque, avec Dominique, nous avons confirmé que cette fonction n’existait a priori dans aucune fiche de poste en France, nos homologues sont restés forts interloqués. Ils n’ont certes pas manqué de souligner que, pourtant, il existait bien un “porte-parole” du gouvernement français ; il donc a fallu leur préciser que la personne qui occupait cette fonction était un ministre … et pas un collaborateur. Dominique de compléter la démonstration en signalant que seuls l’armée et les pompiers avaient prévu dans leur organigramme un tel emploi. Stupeur donc de nos collègues qui, d’un seul coup, nous regardaient en ayant l’air de se demander à quoi nous pouvions donc servir ?
Au-delà de l’amusement général, n’y-a-t-il pas lieu de s’arrêter deux secondes sur cette confrontation ? Parce que, si j’en crois ma longue expérience, il m’apparaît qu’en France la cause semble entendue – et cela ne pose visiblement aucun problème à personne - : le communicant public est là pour, en restant dans l’ombre, mettre son élu seul dans la lumière. Toujours. Il n’a donc, par défaut, aucune autorisation de principe de parler au nom de son patron (ou de sa collectivité) ou même d’échanger des informations avec des journalistes. Le droit de le faire est toujours dérogatoire et exceptionnel ; il doit faire l’objet d’un feu vert clairement allumé par la hiérarchie et qui balise avec précision et fermeté le champ de communication autorisé. D’ailleurs, le cas du communicant n’est pas isolé : nombre de collectivités connaissent, comme principe de base, la règle de l’interdiction faite aux fonctionnaires de communiquer avec la presse en direct (lire, sur ce sujet, cet article d’août 2012 de La Gazette des communes qui recadre légalement cette thématique). Pour eux aussi, le « go » n’est qu’une exception, valable une seule fois, et dans des conditions toujours particulières. Il existerait même encore des collectivités qui ne font s’exprimer dans leurs journaux et magazines que les élus, les fonctionnaires ne pouvant jamais être cités nominativement, seuls leurs titres étant à la limite tolérés, histoire de varier les locuteurs apparents de l’article. Je dis bien “apparent” car, en définitive, nous le savons tous, il n’y a pas 36 voix dans ces publications. De tout cela, trois remarques.
La première est liée à une interrogation soudaine : peut-être suis-je dans l’erreur ? Peut-être existe-t-il des communicants publics ayant reçu, de manière permanente et claire, l’autorisation de porter, face aux médias, la parole publique ? N’hésitez pas à vous faire connaître si c’est le cas, je vous assure que je suis très curieux de le savoir ! Par avance merci.
La deuxième est liée au début de ce papier, au sujet de notre appellation professionnelle. J’ai souvent plaisanté avec le fait que notre abréviation professionnelle, “dircom”, pouvait s’entendre : « dire comme ». Je me trompais donc, le communicant n’ayant qu’en de très rares occasions le niveau d’habilitation nécessaire. Pour les plus proches des élus, ils pourront sans doute parfois « faire dire comme », s’ils conçoivent interventions, discours et autres éléments dits “de langage”. Pour les autres, c’est au bar du Café du commerce ou dans le cercle familial qu’ils se feront répétiteurs zélés des mots de l’élu, histoire de tenter de briller au moins dans l’intimité.
La troisième et ultime remarque est liée à la comparaison public/privé, car je crois avoir décelé chez nos collègues du secteur marchand une telle mission. Avec des conditions de mise en œuvre identiques à celles évoquées par nos collèges belges qui, non sans humour, pointaient que, en général, les prises de parole des élus étaient mises en scène pour annoncer les bonnes nouvelles, les mauvaises étant, elles, du ressort exclusif du fameux porte-parole (« Quand c’est bon, c’est le patron, si c’est glissant, c’est le communicant »). De quoi nous consoler sans doute si nous regrettions notre cure imposée de silence : nous sommes de fait mis à l’abri, ce qui nous laisse tout loisir de faire autre chose. Après tout, c’est en muet qu’on fait ce qu’il nous plaît ! Une question me taraude néanmoins, “communicant muet”, c’est un oxymore ou bien ?
Version complétée. Texte original publié sur Cap’Com le 21 juin 2012.
Voir aussi :
- Qui sont les communicants territoriaux (enquête 2011) ?.
- Typologie (peu sérieuse) des dircoms publics.
- Dircom, “l’autre homme dans la ville”.

Pour répondre à la dernière question qui te taraude, je te propose une alternative : si ce n’est pas un oxymore, et si c’était un…
bit.ly/MD9f0z
J’avoue que, parfois, je me demande si…
Mince, je m’étais trompé de lien ! Pour trouver la réponse à la question qui taraude Marc, il faut cliquer ici :
dai.ly/rtZOvu
Mouahahah, si je peux me permettre … Enfin, ce qui compte c’est que l’on soit décontrachté