Vous nous reconnaissez ? Our name is “Serge, … Aquoi Serge” !

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Marc Thebault communication publiqueTrois choses m’ont inspiré pour ce billet. Dans l’ordre, le Conseil d’Etat, les états d’âmes des fonctionnaires territoriaux et, enfin, une histoire de confiance. Le tout donnant, je l’espère, à réfléchir sur qui nous sommes et à quoi nous servons. Je parle bien sûr des communicants publics territoriaux.

D’abord François Kohler, directeur de la Communication du Conseil d’État qui, interrogé par les Jeunes Communicateurs Publics (un jour, il faudra vraiment que l’on se trouve un nom de métier commun à tous …) déclarait :  « il ne faut pas tomber dans l’idée fausse (et donc, contre productive au final !) d’une communication qui “ne coûte rien”. Pour cela, il faut sans cesse travailler à la légitimation de nos fonctions […] et toujours mieux mesurer les résultats de nos actions. Car c’est au regard des retours sur investissement (et des retours sur non investissement !) que nous pouvons juger du coût/bénéfice de la communication. ». Certes, d’abord attiré par le titre, qui reprenait comme un exergue la phrase mise en gras ci-dessus, je m’attendais non pas à une réflexion sur le R.O.I de la communication publique, mais plutôt à une alerte sur l’absence, parfois, de reconnaissance des aspects stratégiques de notre fonction.

C’est là qu’est intervenu une deuxième chose, sous la forme de la publication d’une enquête de La Gazette des communes (février 2012) et présentée ainsi : « Conditions de travail, valeurs, perspectives … : ce que pensent les territoriaux ». Cette enquête, réalisée par Pragma répondait déjà plus à ma recherche (voire à mes récurrentes crises égocentro-névrotiques). En quelques citations, vous verrez que je tenais effectivement mon sujet : « […] Pourtant, la territoriale accuse aussi des faiblesses inquiétantes, centrées notamment autour de la question de la reconnaissance […] humaine ensuite, avec des personnels frustrés par l’absence de considération que leur portent élus et hiérarchies … ». Ou encore : «  Le défaut de reconnaissance humaine est également déploré, 57 % des répondants se disant frustrés du regard que les élus portent sur leur travail et 45 % ayant le même ressenti concernant l’attention portée par la hiérarchie aux tâches accomplies … »

La chose semble entendue, les territoriaux veulent être reconnus et dans une mesure importante encore : « Si les gouvernances, administratives comme politiques, font l’objet d’une indiscutable défiance, la confiance de la hiérarchie directe se taille, elle, la part du lion parmi les composantes censées faciliter le travail. En effet, plus de 60 % des personnes consultées la placent au tout premier rang de leurs attentes, tandis que deux territoriaux sur trois reconnaissent pouvoir quotidiennement s’appuyer sur elle pour bien remplir leurs missions. »

66 % des agents de la fonction publique territoriale placent la confiance de la hiérarchie comme facilitateur du travail au quotidien : « La gifle ! Ni la qualité du fonctionnement interne de l’institution (dynamisme de l’organisation, politique RH…) ni le projet politique (clarté des objectifs politiques, cohérence des actions avec le projet politique) ne sont favorablement considérés comme des facilitateurs du travail. Et les réponses découpent moins un clivage entre catégories, ainsi qu’il aurait été attendu, qu’entre collectivités, plus celles-ci étant importantes (communes de plus de 50 000 habitants, conseils généraux et régionaux…), moins la qualité du management étant perçue. » 

Si l’on s’interroge, comme l’a fait l’enquête, sur les points de convergences ou de divergences entre salarié du privé et agents du public, notons également que : « Tous compensent [agents publics et salariés privés – ndlr] donc leurs incertitudes par une quête de chaleur humaine et de sens. Las … Les agents [du public – ndlr] se trouvent sur ce champ nettement moins bien lotis que leurs collègues du secteur marchand ! En effet, un territorial sur deux pointe le manque de reconnaissance de sa direction – élus compris – quand plus de 60 % des salariés se sentent considérés par leurs supérieurs. ».

Et les communicants publics, que ressentent-ils ? Cap’Com et l’institut d’études indépendant Occurence, en partenariat avec le CNFPT, ont présenté en décembre 2011, à l’occasion de la 23ème édition du Forum (Dunkerque), une enquête proposant de connaître le profil socioprofessionnel du communicant territorial. Ici, le sort à l’air plus heureux : « La fonction communication de plus en plus stratégique est associée à la définition des projets mais le positionnement vis-à-vis des autres services reste à renforcer. Près 50% des directeurs de communication participent au Comité de direction de leur collectivité, un chiffre légèrement en hausse par rapport à 2008. Toutefois la situation est contrastée selon les collectivités, 1/3 seulement des Comités de direction des régions et des départements associe leur directeur de communication à leurs travaux contre 49% dans les communautés et 47% dans les communes […] 83% des communicants ont l’impression que leurs missions ne cessent d’augmenter. 79% pensent que le rôle de la communication publique au sein des collectivités territoriales est amené à évoluer, dont près d’un quart “beaucoup”. »

La troisième et dernière chose, c’est une anecdote relatée par un collègue. Je l’avais prise en note, il y a quelques temps, au cas où, et à la lecture des propos de François Kohler comme des attentes de mes collègues (bien qu’étant moi-même contractuel) pointées dans les enquêtes précitées, elle m’est revenue en mémoire. La simplicité de cette histoire donne, forcément, à la morale que nous en tirerons une force singulière, comme l’ont fait tant de contes populaires. La scène est la suivante : devant un parterre de professionnels de la communication, confirmés ou en devenir (nous sommes dans le cadre d’un colloque universitaire*), plusieurs orateurs prennent à tour de rôle la parole à la tribune. Des directeurs de communication publique, des élus également. L’un d’entre eux, fraîchement réélu maire, déclare être tout à fait ouvert à la communication. Il faut dire qu’il intervient après un autre élu, plus âgé et, visiblement, très hostile à ces « manipulations de l’opinion », à ces « stratagèmes artificiels et hors de prix qui font fuir les électeurs loin des urnes ». Notre deuxième élu semble donc un meilleur avocat et la salle frissonne de plaisir devant ce nouvel allié. Pour prouver ses convictions, il raconte comment il a gagné sa dernière élection. Les étudiants tendent alors l’oreille, avides, les dircoms  itou : « Pendant ma précampagne, je rencontrais beaucoup de monde. Tous me disaient qu’avec moi, ils avaient confiance. J’écoutais et enregistrais. Et puis, une nuit, vers 4 h du matin, je me réveille et me dis que cette fois, ça y est, j’ai trouvé le slogan de ma campagne. Ce sera : Avec XX, j’ai confiance“ ! Dès le matin, je cours à la mairie et je réunis mes collaborateurs et leur délivre mon idée. Tous me disent que c’est une excellente idée ! Et nous faisons la campagne avec elle. Et regardez les résultats, j’ai été réélu. Comme quoi, un bon slogan, ça fonctionne ! ». Le silence qui a suivi cette déclaration enjouée et d’une naïveté fort touchante était, d’après mon collègue, assez pesant. Certains attendaient un « Poisson d’avril, c’est une blague ! » ou cherchaient le visage hilare de feu Marcel Beliveau, derrière sa caméra cachée. D’autres imaginaient la scène de la révélation, devant les proches de l’élu, où toutes les têtes dodelinaient au rythme de l’acquiescement sans réserve en déclarant : « Monsieur le Maire, mais quelle bonne idée ! Mais c’est évident, voilà la phrase !  Alors là, moi je dis chapeau … » – même si, in petto, d’aucuns pouvaient ronger leur frein en se disant « Pitié ! Pas ça ! ». Mais, allez comprendre, personne n’a entendu cette histoire comme un plaidoyer pour le savoir-faire des communicants publics. Non pas que l’élu fût de mauvaise foi ou moqueur. C’est juste que les communicant se sont sentis les grands absents de cette histoire. Mais que dire devant la fin qui a, forcément, justifié les moyens ? Puisque seule la victoire est belle, réjouissons-nous et tâchons d’apprendre, encore et toujours. Et ce qui ne tue pas, rend plus fort, etc …

Ainsi, entre la recherche éternelle de légitimation, la quête éperdue de reconnaissance, et puisque je faisais cette remarque en introduction sur le fait qu’entre “communicant”, “communicateur” et autres intitulés notre fonction est encore à baptiser, consolons-nous en nous disant qu’aujourd’hui, à la lueur de l’anecdote de notre élu si pro-comm et à notre interrogation sur ce à quoi nous servons, notre nom commun pourrait être désormais « Serge … Aquoi Serge » !

* En réalité, c’est tout à fait autre chose, mais je préserve l’anonymat de ma source !

Graphiques : extraits de l’enquête publiée par La Gazette des communes

Illustration : Arnold Lobel

Voir aussi :
- 15 trucs pour dépister le gène du communicant public
- Les 5 raisons d’être des dircoms heureux
- Innommables ?
- Du choix et de ses conséquences
Dircoms publics : communauté d’autistes ou d’interprètes ?.
- Marketeurs territoriaux versus Dircoms publics : qui aura la baballe ?.
- Les 10 droits rêvés des dircoms publics.
- Les dircoms aiment l’amour qui fait boum !
- Apprendre à traduire le langage dircom
- Nous, dircoms, au fond de la mine ….

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À propos de Marc Thébault

Directeur de communication publique (Mairie d'Issy-les-Moulineaux, mairie de Saint-Etienne, Communauté d'agglomération Caen la mer), marketing territorial (Saint-Etienne Métropole), chargé de cours en stratégie de communication publique, en territorialisation de la communication et en marketing territorial (Ecole de Management de Normandie, Caen / UCO, Angers / IEP, Lille), auteur chez Territorial ("Construire la communication intercommunale" et participation au classeur "Le Dircom"), webéditorialiste sur cap-com.org. A suivre sur Twitter (@marcthebault) et sur Viadéo comme Google + (Marc Thebault)
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Une réponse à Vous nous reconnaissez ? Our name is “Serge, … Aquoi Serge” !

  1. Fanny Rolland dit :

    Mais dans quel état j’erre ?

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