Secret story au tribunal ou quand la Justice-réalité se lâche …

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Lorsque la Justice est sereine, c’est toute une société qui peut dormir sur ses deux oreilles. Mais lorsque la Justice explose les normes, les traditions et les usages, c’est toute une société qui peut se dire que tout n’est pas pourri dans le royaume !

Je m’explique. Le 1er juin 2011, une ordonnance de référé a été rendue par le Tribunal de Grande Instance de Paris. Jusque là, rien de très excitant. Pourtant, lorsque vous saurez que l’affaire concerne une ex de Secret Story 3, Melle E, qui a assigné le magazine OOPS pour la publication, sur une double page, d’un article évoquant une “sex-tape” vendue par son ex, M. L., article qui reprenait en illustration une double page du magazine Entrevue qui présentait des extraits des ébats filmés des deux jeunes gens, vous apprécierez, outre cette mise en abyme, le croustillant à venir ! Mais le plus beau reste à venir.

L’intérêt de l’ordonnance ne vient pas de la nature des parties ou des conclusions du juge. Il vient des motifs de la décision. Car le juge s’est totalement lâché. Certes, il reste dans un domaine lexical conforme à sa profession, mais néanmoins, son analyse de la situation mérite un jour d’être mise en scène dans un stand-up quelconque. Voici quelques extraits. Vous constaterez par vous-mêmes que, lorsqu’humour, impertinence, intelligence et finesse d’esprit viennent à la rescousse des jugements, c’est une vraie délectation de lire la prose judiciaire !

« MOTIFS DE LA DECISION :

E. et L. sont deux intrépides aventuriers de la médiatisation télévisée ayant illustré les meilleures heures du programme de téléréalité intitulé par anti-phrase “Secret Story” (saison 3) où il n’y a ni secret ni histoire, mais cependant une observation des faits et gestes des jeunes gens qui y participent sous l’œil des caméras, où le téléspectateur finit par s’attacher aux créatures qu’il contemple, comme l’entomologiste à l’insecte, l’émission ne cessant que lorsque l’ennui l’emporte, ce qui advient inéluctablement, comme une audience qui baisse.

Mais « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », alors, sevrés du programme qui s’achève, les aficionados se ruent sur les gazettes, sûrs qu’elles sauront entretenir aussi durablement que possible le feuilleton du rien, passion toujours inassouvie des sociétés contemporaines. Les cobayes, trop heureux de voir quelques flashs qui crépitent encore, et désormais adeptes de l’exposition de soi, courent de l’une à l’autre, comme un canard sans tête, accordant interviews ou posant pour des photos.

Les publications que de telles mœurs font vivre s’en offusquent quand le ciel menace, et dénoncent quelquefois la règle du jeu, comme des enfants qui ergotent pour ne jamais se séparer. […]

La société éditrice OOPS invoque, pour dénier toute atteinte à la vie privée, la jurisprudence relative à la relation de faits publics déjà divulgués, laquelle est cependant inopérante en l’espèce, dès lors que la preuve n’est nullement rapportée que la demanderesse se trouverait à l’origine d’une telle divulgation, ce qu’elle conteste et que les faits de la cause paraissent démentir en dépit de la difficulté extrême de distinguer le vrai du faux, la part du jeu et l’argent des indignations sincères, ce que montre le miroir et ce qui s’y joue non loin, la caverne et les ombres. […]

Aussi est-ce la main tremblante mais sans remords que les atteintes à la vie privée et au droit à l’image seront retenues. […]

La société OOPS soutient sans être contredite […] que Melle E. a coutume de monnayer ses interviews illustrées sur les sujets les plus intimes, dont le plus fréquent est sa relation avec le dénommé L. […] La société défenderesse signale en particulier, sans susciter plus de réplique, deux faits qui méritent toute l’attention du juge :

-  Melle E. aurait vendu un sujet dit “arrangé” au même magazine OOPS, paru dans le numéro 40 […]

- elle aurait également vendu au magazine OOPS un sujet paru dans le numéro 81, soit postérieurement au numéro en litige […], ce qui atteste qu’aucune des deux parties n’est rancunière.

Le juge ne l’est pas plus à l’égard d’aucune d’entre elles, mais il a un exigeant métier qui le retient quelquefois à de plus amples tâches.

Il réparera ce qui est réparable en allouant à Melle E. un euro à titre de dommages et intérêts et, s’agissant de l’indemnité sollicitée sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, conviendra humblement que les considérations d’équité ne lui commandent rien qui vaille.

PAR CES MOTIFS

Statuant publiquement, par décision contradictoire, mise à disposition au greffe et en premier ressort, condamnons la société OOPS … »

Voir aussi :

- 2011 : une bonne année d’indignation
-
Dresscode : un code qui dresse
-
L’accoutumance aux petits dégoûts
-
Contes d’été, enseignements divers
- Dans les réseaux sociaux, la mort dans l’âme

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À propos de Marc Thébault

Directeur de communication publique (Mairie d'Issy-les-Moulineaux, mairie de Saint-Etienne, Communauté d'agglomération Caen la mer), marketing territorial (Saint-Etienne Métropole), chargé de cours en stratégie de communication publique, en territorialisation de la communication et en marketing territorial (Ecole de Management de Normandie, Caen / UCO, Angers / IEP, Lille), auteur chez Territorial ("Construire la communication intercommunale" et participation au classeur "Le Dircom"), webéditorialiste sur cap-com.org. A suivre sur Twitter (@marcthebault) et sur Viadéo comme Google + (Marc Thebault)
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