Etant en train de boucler mes bagages pour partir en congés annuels, l’ambiance estivale, en bonne madeleine Proustienne (et je vis à quelques kilomètres de Cabourg), me ramène aux veillées que j’animais dans une autre vie, lorsque je sévissais dans des centres de vacances en guise de jobs d’été.
Ainsi, pour occuper ce temps de repos, mais pour malgré tout continuer à faire fonctionner les neurones, voici deux petits contes. Le premier, d’origine Soufi, est pour moi la synthèse même des enjeux de la compublique. Le second, poème de Victor Hugo, est à lire avant d’enfoncer la touche “envoi” de son clavier, histoire de se rappeler que si au temps de Victor Hugo la rumeur courait déjà vite, vous constatez régulièrement ce qu’il en est de nos jours.
Conte de l’éléphant
Un jour, un Roi fit venir en son palais tous les aveugles de naissance du royaume.
Les menant dans la salle de l’Eléphant sacré, il prit la main du premier aveugle, lui fit toucher une défense et lui dit « Touche, ceci est un éléphant ».
Au second il fit toucher l’oreille, au troisième la trompe et ainsi de suite, chaque aveugle ne touchant l’éléphant qu’en un seul endroit, différent a chaque fois.
Puis, ayant réuni de nouveau tous les aveugles devant son trône, il leur demanda de se mettre d’accord sur la meilleure définition de l’éléphant.
Alors, en quelques minutes, tous les aveugles s’entre-tuèrent.
Le mot – Victor Hugo
Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m’objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot – que vous croyez que l’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre -
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l’homme en face dit :
“Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel.”
Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.
Bonnes vacances !
Voir aussi :
- 2011 : une bonne année d’indignation
- Dresscode : un code qui dresse
- L’accoutumance aux petits dégoûts
- Secret story au tribunal ou quand la Justice-réalité se lâche …
- Dans les réseaux sociaux, la mort dans l’âme

Merci pour ces jolis mots !