Les classes créatives, sujet et facteur d’attractivité

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Le Mur, rue Oberkampf, Paris 11ème

Le Mur, rue Oberkampf, Paris 11ème

L’américain Richard Florida, spécialiste en aménagement urbain et économiste, a largement révolutionné (au moins complété) l’approche de l’attractivité des villes et des territoires par ses travaux. Défenseur des grandes villes denses, il est surtout à l’origine de la notion de  classes créatives, notion qui regroupe, sous ce terme général, celles et ceux qui, par leur talent et leur maîtrise de la technologie (les 2 premiers “T” de la règle de Florida qui en compte 3), donneraient aux villes qui les accueillent une image positive. Enfin, « villes qui les accueillent » … sous réserve de bonne dose de tolérance (le 3ème “T” de la règle), c’est-à-dire d’ouverture d’esprit et d’acceptation de l’Autre et de ses particularités. Je vous propose de lire une de ses analyses sur Toronto (de janvier 2012).

Les membres de ces classes sont scientifiques, ingénieurs, chercheurs, professeurs, poètes, romanciers, architectes, designers, avocats, entrepreneurs, artistes ; ils ont un pouvoir d’achat certain ; ils ont surtout le pouvoir, par leur seule présence, de donner une réelle plus-value au territoire qui les accueille car, en plus de leurs talents et de leurs compétences, ils ont le pouvoir de créer des lieux où il faut être, des modes, voire des tendances …

Ils jouent sur au moins deux tableaux : ils sont d’abord une cible pour des territoires qui veulent les attirer car ils sont également, ensuite, autant de facteurs d’attractivité. Ils sont aussi tout à fait capables d’agir par eux-mêmes. En effet, certaines villes offriraient, souvent sans le vouloir, des lieux attirants pour ce type de population, car présentant le potentiel d’être investis et transformés, donc possédant cette capacité à devenir des lieux à forte attractivité, pour eux d’abord puis pour celle de toute la ville. En somme, un cercle vertueux serait tracé, le talent attirant le talent mais également l’économie, les entreprises, la culture, etc … C’est, pour résumer (et légèrement caricaturer), le « bobo » mis au service du rayonnement d’un territoire. Aux villes donc d’être suffisamment ouvertes à ces populations pour en tirer tous les bienfaits. Ouvertes en voulant les attirer. Ouvertes aussi en acceptant certaines transformations de leur territoire, hors des schémas directeurs et des projets urbains officiels.

Certes, les théories de Florida sont souvent décriées (et les résultats discutables d’après quelques experts ; lire notamment cet article de Slate.fr publié en juillet 2012 : “Non, les hipsters ne créent pas de croissance“). Mais reconnaissons au moins que cette approche éclaire de manière originale les problématiques de valorisation territoriale en renvoyant au second plan les investissements publics démesurés et disproportionnés, pour se recentrer sur le capital humain.

Florida va même plus loin en mettant en équation des indices qui permettraient, d’après lui, de calculer le taux d’ouverture des villes à ces classes créatives, notamment le bohemian index ou le gay index : l’un des critères proposés étant la place faite aux homosexuels au sein de la ville, synonyme d’ouverture d’esprit et de tolérance. Voir à ce propos la toute récente campagne “Montpellier gay friendly” et son site dédié. Voir aussi, ci-dessous le résultat de l’enquête 2012 du magazine Têtu sur les villes dites “Gay friendly”. À l’approche d’échéances électorales, lorsque les débats français identitaires ou migratoires refont la une, qui osera recommander cette approche à nos élus ?

Voir aussi :

Peau d’âme, le marketing territorial révélé.
Marketing territorial vs marketing commercial : le crash test !.
- 5 deuils nécessaires pour pratiquer le marketing territorial.
- 5 raisons de plaider pour le marketing territorial.
- Identité ou image : le syndrome de Dorian gray.
-
Marketing territorial : comment recenser les composantes de l’identité ?.
- Perception des territoires : une grille d’analyse.

Accéder au Guide de lecture du blog

À propos de Marc Thébault

Directeur de communication publique (Mairie d'Issy-les-Moulineaux, mairie de Saint-Etienne, Communauté d'agglomération Caen la mer), marketing territorial (Saint-Etienne Métropole), chargé de cours en stratégie de communication publique, en territorialisation de la communication et en marketing territorial (Ecole de Management de Normandie, Caen / UCO, Angers / IEP, Lille), auteur chez Territorial ("Construire la communication intercommunale" et participation au classeur "Le Dircom"), webéditorialiste sur cap-com.org. A suivre sur Twitter (@marcthebault) et sur Viadéo comme Google + (Marc Thebault)
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7 réponses à Les classes créatives, sujet et facteur d’attractivité

  1. Reyep dit :

    C’est un peu facile comme théorie, non ?

    Comment une ville française moyenne (par exemple) qui ne possède ni Université, ni TGV ou autre pourrait attirer les 3T ? A grand renfort de subventions lâchées à l’aveuglette ?

    Je suis sceptique.

    • Marc dit :

      Oui, et si en plus, il n’y a pas d’emplois, un surendettement public, des sites pollués à proximité, pas d’offres culturelles et que les élus sont moyens, ça va être dur.
      L’approche proposée par Florida n’est sans doute pas universelle, évidemment (et oui de nouveau, elle concerne sans doute des villes de tailles certaines). Et vous l’aviez compris. Néanmoins, ce qui est nouveau, c’est de pouvoir justement proposer à des villes de, en plus de leurs propres efforts, s’intéresser à ce qui se passe sur les territoires. Il y a sans doute des villes moyennes sans TGV et sans université qui ont néanmoins des groupes d’habitants qui peuvent contribuer à faire un peu plus rayonner le territoire. Aux villes d’y être attentives.

  2. Merci d’avoir un blog interessant

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